Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Alfred Stieglitz

par Louise
  • dimanche 25 décembre 2016
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  • Dans le DP en

Photographe, éditeur, galeriste et maître à penser... À l’exception de quelques figures médiatiques, la plupart des grands photographes sont malheureusement inconnus du grand public. C’est sans doute le cas d’Alfred Stieglitz, à qui l’on doit pourtant l’une des œuvres les plus importantes non seulement pour la photographie mais pour l’histoire de l’art dans en général.

Fils d’immigrants juifs allemands, Alfred Stieglitz est né dans le New Jersey en 1864, mais il a fait ses études en Allemagne avant de revenir aux États-Unis en 1890.
Ingénieur de formation, c’est d’abord aux aspects techniques de la photographie qu’il s’intéresse (chimie, chambre noire, lumière). Mais c’est surtout sa dimension artistique qu’il va incarner, théoriser et promouvoir, à travers une triple activité de photographe, de galeriste et d’éditeur.

Riche de ses contacts avec la vieille Europe, il importe aux Etats-Unis les concepts et les méthodes qui se développent alors parmi les sociétés photographiques affiliées au courant pictorialiste, autour de la défense d’une pratique amateur désintéressée, uniquement soucieuse d’esthétique.

C’est ainsi qu’il crée en 1902 le mouvement Photo-Secession, dont l’influence sur les photographes du XXe siècle sera déterminante.

Maitre à penser de la modernité, Stieglitz est aussi expert dans l’art d’en assurer la médiation. En témoignent la revue Camera Work, qu’il fonde avec Edward Steichen en 1903 et qu’il dirigera d’une main ferme jusqu’en 1917, et la galerie 291 qu’il ouvre à New York en 1905. Lieux exigeants de diffusion et d’expérimentation (Camera Work se signale par la qualité exceptionnelle de ses reproductions, les images étant photogravées à la main à partir des négatifs originaux), ces espaces imposeront une nouvelle photographie américaine, mais aussi l’avant-garde artistique avec des œuvres de Rodin, Picasso, Duchamp ou Picabia.

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Couverture du N°2 de Camera Work, 1903, conçue par Edward Steichen

De la photographie comme art : du pictorialisme à l’abstraction
À la fin du XIXe siècle, la photographie peine encore à trouver une place dans le champ esthétique. Saluée par Baudelaire comme « la très humble servante des sciences et des arts », on admet qu’elle serve de « secrétaire et de garde-note de quiconque a besoin dans sa profession d’une absolue exactitude matérielle » 1, mais pas qu’elle aie des prétentions artistiques. C’est contre cette acception exclusivement documentaire de la photo que se dresse le mouvement pictorialiste, dont les travaux visent à démontrer la puissance formelle et sensorielle de ces nouvelles images. Les canons esthétiques étant alors principalement fixés par la peinture, les œuvres de cette avant-garde vont logiquement s’en inspirer – avec moult interventions lors du traitement (filtres, papiers spéciaux, rayures…) –, au point d’être ensuite critiquées comme de simples imitations picturales.

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Waiting For The Return, 1896

Pourtant, s’il ne permet pas encore à la photographie d’exprimer pleinement sa spécificité, le pictorialisme lui a bel et bien permis de franchir une étape déterminante vers son émancipation culturelle, en l’affranchissant du carcan utilitariste où on la confinait.

En filiation directe avec ce mouvement, le photo-sécessionnisme va négocier un nouveau tournant, en cherchant quant à lui la voie d’une esthétique proprement photographique. Renonçant à tout ce qui peut s’assimiler au dessin, la création s’aventure alors dans l’exploration de nouvelles techniques de prise de vue, de tirage ou de composition. Stieglitz lui-même parvient notamment à réaliser des images dans des conditions lumineuses ou climatiques extrêmes (semi-obscurité, fumée, brouillard, pluie, neige…) qui lui permettent d’inventer un nouvel art.

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Winter, Fifth avenue, 1892.

JPEG Une image symbolise à elle seule ce basculement de la démarche artistique de Stieglitz : le célèbre Entrepont (The Steerage), réalisé en 1907 et cité mille fois depuis par toutes les histoires de la photographie. Dans cette image au cadrage insolite, où « il s’avère impossible de suivre le contours des formes […] la composition paraît libre, irrégulière. L’image semble n’être que le fragment d’un spectacle plus vaste »2. À la fois pur assemblage de masses en niveaux de gris et effet d’apparition mouvante, L’Entrepont ouvre à la photographie un champ autonome et inédit.

Viendront ensuite les vues new-yorkaises saluant le modernisme épuré des gratte-ciels, jeux de lignes et de masses de plus en plus formalistes.

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From My Window at the Shelton, North, 1931

Mais c’est avec les Equivalents que l’audace de Stieglitz atteindra son paroxysme à partir des années 1920. Libre découpe dans la continuité du ciel et des nuages, chaque image de cette série rompt avec toute figuration, faisant de l’épreuve photographique un espace sans autre orientation ni référence que son propre équilibre ou l’émotion spirituelle qu’elle exprime.

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Equivalent, 1930

Collaboration artistique et personnelle avec Georgia O’Keeffe
Même s’il est connu pour son indépendance et son autorité, Stieglitz n’a pas travaillé seul. Outre ses partenaires du mouvement Photo-Secession, il doit aussi une part de son inspiration à son compagnonnage artistique et sentimental avec Georgia O’Keeffe, qu’il épouse en 1924.

Elle-même artiste, considérée aujourd’hui comme une des peintres modernistes majeures du XXe siècle, Georgia O’Keefe fait partie des plasticiens exposés à la galerie 921. De son côté, Stieglitz fera d’elle plus de 350 portraits, dont quelques images au cadrage désormais fameux (gros plans de mains) ou à la frontalité d’une magnifique liberté.
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Portrait de Georgia O’Keefe, 1918 ?

De 1915 à 1946, les deux artistes échangeront quelque 25 000 lettres… parfois trois par jour et certaines de plus 40 pages !

Notes :
1 Charles Baudelaire, « Le public moderne et la photographie », introduction au Salon de 1859, commandé par la Revue Française – texte intégral disponible ici.
2 Jean-Marie Floch, Les formes de l’empreinte : Brandt, Cartier-Bresson, Doisneau, Stieglitz, Strand, Fanlac, 2003.



Liens connexes et pertinents sur l’auteur et/ou son œuvre :

-  Notice Wikipédia Alfred Stieglitz
https://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Stieglitz
- Un tableau Pinterest sur l’œuvre de Stieglitz
https://fr.pinterest.com/alexeypavluts/alfred-stieglitz-photography/
- La collection complète des photos publiées dans Camera Work
http://www.photogravure.com/collection/searchResults.php?page=1&view=small&artist=0&portfolio=Camera+Work&period=0&atelier=0&cameraWork=0&keyword=camera+work
-  La série des Equivalents de Stieglitz
http://www.phillipscollection.org/research/american_art/artwork/Stieglitz-Equivalent_Series1.htm


C’est permis !
Des photos pictorialistes aux images abstraites en passant par les vues new-yorkaises, les œuvres de Stieglitz se prêtent à tous les usages, des plus décoratifs (papiers peints, papiers cadeau, décor de théâtre, impression tissus…) aux plus créatifs (montage photo, architecture, peinture d’après photo, etc.)


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