Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Camille Claudel

  • mardi 31 décembre 2013
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  • Dans le DP en 2014

Le regard clair et posé, les cheveux en bataille, la bouche un peu dédaigneuse… Au nom de Camille Claudel , c’est d’abord ce visage qui surgit, celui d’une jeune fille de 20 ans. Puis viennent s’y mêler d’autres visages, celui d’Isabelle Adjani (dans le film tout récent de Bruno Nuytten en 1988), puis de Juliette Binoche (dans celui de Bruno Dumont en 2013), toutes deux l’ayant incarnée à l’écran.

Ces deux films exploraient la vie de l’artiste. Car oui, la vie de Camille Claudel fascine, non seulement les cinéastes, les biographes, mais aussi le grand public, tant elle est éminemment romanesque. Sa famille d’abord : Camille Claudel, née en 1864 dans l’Aisne à Fère-en-Tardenois, est la sœur de l’écrivain Paul Claudel. Elle découvre très tôt sa vocation pour la sculpture, et si son père ne cesse de l’encourager, sa mère s’oppose violemment à cette voie qu’elle a choisie. Sa vie amoureuse ensuite : elle va étudier à Paris, où elle est élève d’Alfred Boucher, puis du grand Rodin, et dont elle devient la maîtresse. Ils vivent une passion orageuse qui la hantera toute sa vie. Son internement enfin : après sa rupture avec Rodin, elle travaille à son compte dans son atelier, mais elle est criblée de dettes et sombre dans la manie de la persécution. Sa famille décide de l’interner. C’est dans un hôpital psychiatrique qu’elle passe les trente dernières années de sa vie, renonçant totalement à sa sculpture.

Il n’en faut pas moins pour faire ressurgir le mythe de Pygmalion et Galatée, ou pour lire en elle la figure toute romantique de l’artiste tourmentée et malade de son art. D’autant que l’on dispose de nombreux détails de sa vie si romanesque dans sa Correspondance (qui n’entre que partiellement dans le domaine public puisqu’il faudra attendre 2025 pour que les réponses de son frère, mort en 1955, ne soient plus protégées par le droit d’auteur). On découvre, à lire ses lettres, une femme sombrant petit à petit dans des délires paranoïaques, convaincue d’être poursuivie par un Rodin machiavélique qui cherche à l’empoisonner et à lui voler ses idées et ses sculptures. Puis une femme désespérée détruite par un internement qui la plonge dans un isolement terrible.

Mais ce qui frappe aussi dans ses lettres, c’est de découvrir une femme courageuse et obstinée, qui sacrifie sa vie à son œuvre, qui ne cesse de se battre avec ses créanciers et ses ouvriers, et qui tente sans relâche d’imposer la force de son art. C’est d’ailleurs l’objet des différentes expositions qui lui sont consacrées ces dernières années : réhabiliter sa sculpture par delà son image d’artiste maudite, cesser d’y guetter des traces de l’influence de Rodin, s’interdire d’y lire des épisodes de sa vie, et les regarder comme des œuvres d’art à part entière, témoignant d’une modernité et d’une virtuosité technique saisissantes.

Annexe : Quelques exemples d’œuvres

  • L’âge mûr : bronze très étiré où une femme supplie un homme emporté par la vieillesse et la mort.
  • La vague : groupe associant le marbre onyx (matière cassante très délicate à sculpter) et le bronze, représentant des baigneuses s’amusant devant une immense vague qui semble sur le point de les engloutir.

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