Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Josette Clotis

  • samedi 27 décembre 2014
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  • Dans le DP en 2015

Née à Montpellier le 8 avril 1910, Josette Clotis adorait la littérature. Son premier roman, elle l’écrit à l’âge de 18 ans et - soutenue par Henri Pourrat lui aussi originaire du sud de la Loire. Ce sera Gallimard qui le publiera en 1932. La même année, elle entre comme journaliste à Marianne, un hebdomadaire littéraire fondé par la NRF qui se présente comme « l’hebdomadaire de l’élite intellectuelle française et étrangère ».

C’est là qu’elle va rencontrer André Malraux en 1933, lui-même en train de se séparer de Clara. Toute leur histoire d’amour est racontée entre les pages 101 et 106 d’ André Malraux, une passion d’Anissa Benzakour-Chami paru en 2001 (accessible en partie sur Google Books) ou encore dans l’ouvrage de sa meilleure amie Suzanne Chantal, Le Cœur battant paru chez Grasset en 1976.

Difficile, à part cette histoire d’amour, d’en savoir beaucoup plus sur la biographie de Josette Clotis d’autant qu’elle mourra accidentellement le 12 novembre 1944 en glissant d’un marchepied dans une gare, coupée en deux par un train à l’âge de 34 ans. Il n’y a pas eu de nouvelle édition de son œuvre après sa mort, excepté une réédition du Temps vert en 1976.

C’est peut-être dans ce roman qu’il faut se plonger pour en apprendre un peu plus sur elle. Rien n’indique qu’il s’agisse d’une autobiographie, mais ce roman relate l’enfance d’une certaine Adrienne, et ressemble à s’y méprendre à une suite de souvenirs. L’écriture est simple et dépouillée ; les épisodes racontés sont souvent douloureux, parfois très joyeux mais sans jamais d’emphase ni d’artifice. C’est le trajet d’une petite fille sage dont la vie est bousculée par la mort de son père et le remariage de sa mère, et dont la famille est confrontée plus d’une fois à la faim et à la misère.

Le livre s’ouvre sur la mort du père de la petite Adrienne, dans un village du sud de la France :

Un soir, - un soir d’été, lourd comme la dalle d’un sépulcre, - ma tante Marie me prit dans ses bras et me serra très fort contre elle.
- Ménude, pécaïre, médunette...
Des larmes chaudes coulaient de ses yeux jusqu’à mon visage, plutôt des larmes de fièvre que les larmes d’un vrai grand chagrin. Elle mordillait sa lèvre en reniflant, écartait machinalement du bout du doigt une boucle de cheveux fins à sa joue mouillée et sa voix s’étranglait dans sa gorge.
- Pobre ménude.
Quand la nuit vint on alluma un cierge, grand comme un malheur, diaphane comme une chair, la lueur dansante de la flamme donnait aux choses des apparences fantastiques. Les femmes, qui depuis le matin erraient par la maison, s’agenouillèrent avec des signes de croix. Des hommes entrèrent un à un, tous les hommes du village. Ils avaient leur moustache encore humide de vin, et parce qu’ils s’étaient décoiffés, ils ne savaient quoi faire de leur chapeau crasseux entre leurs doigts.
Cette obscurité, ces chuchotements, ces allées et venues étranges, tout cela me fit grande peur ; je me mis à pleurer, dans mon coin, de toute ma force. Ma tante Marie courut à moi, me dit mille paroles douces, en me caressant le visage de ses mains qui sentaient l’aspic. Elle me fit asseoir dans l’endroit le plus sombre de la pièce, jeta entre mes petites jambes, emboudinées de laine bleue, une poignée de châtaignes sèches, et je restai là à grignoter avec un bruit de souris, toute seule, toute seule, toute seule...

Il se ferme sur le départ de la narratrice vers l’inconnu :

J’ai pris la carriole de l’hôtel, j’ai fait les pas, distribué les bonjours qu’il fallait. Seulement, au grand mur humide de la gare, sur la carte, j’ai choisi Brioude, les lignes s’y embrouillent, et j’ai demandé mon billet pour cette station-là. Je ne sais pas, je voudrais bien me perdre.
Le train roule. Toute cette région qui va s’éteindre me poursuit encore un moment. Oh ! Je les entends mes collègues : « Et où est-elle allée ? Encore quelle aventure ! Elle suit un amant, mais qui ? » Et mes élèves, demain, qui seront, avec leurs pieds froids dans les galoches raidies, à battre la dalle devant les portes qui ne s’ouvriront pas ? Et leurs mères ? Voilà que je me donne une bonne petite joie.
Je voudrais me perdre. Je voudrais que les chemins s’entre-croisent et s’embrouillent pour ne mener à rien, si je ne dois pas trouver ce que je cherche. Mais il y aura bien quelque part un pays où l’on vive à l’aise, et sans chercher pourquoi. En cape sombre, de l’église au logis, avec le chapelet qui tinte ; et, dans de grandes cours brasser des lessives, voir l’eau couler entre ses doigts, regarder son bras contre le soleil tout luisant et bruni, avec son duvet d’or. Il faudra bien, et que cela n’ait plus le prix et la fragilité d’un rêve. Qu’on ait la liberté et les moyens d’y vivre, même si tout manque, la grand’mère et la vieille maison, si les cousins se moquent, si les portes se ferment, on retrouvera l’eau claire de la source et l’herbe, et le brillant spécial du ciel. Il faudra bien, ou qu’on en meure.


Article Wikipédia : Josette Clotis


C'est permis !

Aucun des textes ou des articles de Josette Clotis n’est librement accessible aujourd’hui en ligne ni sous son nom, ni sous ses deux pseudonymes Tip Toë (bout de pied ou sur la pointe des pieds, en anglais) ou Marie Verdier. Son amie Suzanne Chantal qui avait reçu en legs ses manuscrits et sa correspondance les donna à Jeanne Sandelion dont Josette Clotis avait été la secrétaire... Toutes ces traces ont été vendues en 2007 dans une vente aux enchères de la bibliothèque de Jeanne Sandelion. Voilà donc l’œuvre d’une femme entièrement à découvrir. D’après le SUDOC, son roman Le temps vert ne se trouve que dans six bibliothèques en France. En cours de numérisation !


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