Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Jean Giraudoux

  • mardi 2 décembre 2014
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  • Dans le DP en 2015

Qu’est-ce qu’on connaît de Jean Giraudoux ? En général, ses pièces de théâtre, en particulier sa version d’Électre ou sa Guerre de Troie n’aura pas lieu, pièces que l’on étudie encore aujourd’hui au lycée.
Giraudoux a fait le "cursus honorum" habituel des grands intellectuels du début du vingtième siècle : élève brillant des classes préparatoires, il a intégré l’Ecole Normale Supérieure (section lettres). Quelques séjours à l’étranger et bourses d’étude plus tard, le voici qui entre dans la diplomatie internationale. Il voyage beaucoup et écrit à ses heures perdues poèmes, nouvelles et romans.
En réalité, il n’écrit des pièces de théâtre que plus tard, grâce à sa rencontre avec Louis Jouvet. Le comédien et metteur en scène aime chez Giraudoux la force de son verbe, la virtuosité de son écriture (et on connaît la sensibilité de Jouvet pour la dimension poétique des textes à jouer). C’est grâce à cette grande amitié que Giraudoux connaît le succès et la reconnaissance dès son vivant ; la plupart de ses pièces sont créées par Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée et remportent un franc succès.

Outre la postérité de son œuvre littéraire, Giraudoux a quelque peu défrayé la chronique chez les historiens universitaires ; il se trouve qu’il était pendant un temps à Vichy sous l’Occupation et qu’on a retrouvé dans certains de ses écrits des traces d’antisémitisme et de racisme. Mais Giraudoux a signifié à plusieurs reprises son désaccord avec Pétain, et ses pièces ont été interdites de représentation sous l’Occupation, ce qui a poussé la troupe de Jouvet à aller jouer ailleurs...

Son œuvre théâtrale n’a peut-être pas laissé de très bons souvenirs à d’anciens lycéens ; son écriture n’est pas forcément facile d’accès, parfois assez curieuse, souvent très complexe.
Petit échantillon d’une tirade d’Andromaque dans La Guerre de Troie n’aura pas lieu (acte I scène 6), c’est le moment où elle supplie Priam d’éviter la guerre avec les Grecs :

ANDROMAQUE : Si vous avez cette amitié pour les femmes, écoutez ce que toutes les femmes du monde vous disent par ma voix. Laissez-nous nos maris comme ils sont. Pour qu’ils gardent leur agilité et leur courage, les dieux ont créé autour d’eux tant d’entraîneurs vivants ou non vivants ! Quand ce ne serait que l’orage ! Quand ce ne serait que les bêtes ! Aussi longtemps qu’il y aura des loups, des éléphants, des onces, l’homme aura mieux que l’homme comme émule et comme adversaire.

Non, ce n’est pas du facile facile...

Un passage plus « rigolo » : puisque la tradition guerrière veut qu’il faille s’envoyer des insultes à la figures (des « épithètes » insultantes) avant de passer aux armes, le poète Démokos demande à Pâris de s’entraîner à trouver des insultes opérantes et efficaces. Démokos sert de cobaye pour être « l’insulté » et Pâris s’essaie à « l’improvisation d’épithètes » :

PÂRIS : Vieux parasite ! Poète aux pieds sales !
DEMOKOS : Une seconde... Si tu faisais précéder les épithètes du nom, pour éviter les méprises...
PÂRIS : En effet, tu as raison... Demokos : Œil de veau ! Arbre à pellicules !
DEMOKOS : C’est grammaticalement correct, mais bien naïf. En quoi le fait d’être appelé arbre à pellicules peut-il me faire monter l’écume aux lèvres et me pousser à tuer ! Arbre à pellicules est complètement inopérant.
HÉCUBE : Il t’appelle aussi Œil de veau.
DEMOKOS : Œil de veau est un peu mieux... Mais tu vois comme tu patauges, Pâris ? Cherche donc ce qui peut m’atteindre. Quels sont mes défauts, à ton avis ?
PÂRIS : Tu es lâche, ton haleine est fétide, et tu n’as aucun talent.
DEMOKOS : Tu veux une gifle ?
PÂRIS : Ce que j’en dis, c’est pour te faire plaisir.

Bon, un peu spécial, comme humour...

Mais ce qu’on peut reconnaître au théâtre de Giraudoux, c’est une grande diversité : il s’appuie parfois sur des mythes grecs (Électre, La guerre de Troie n’aura pas lieu). Il s’inspire aussi du folklore allemand avec le ravissant personnage d’Ondine (une créature aquatique) dans la pièce du même nom. L’humour n’est pas non plus étranger à son théâtre ; voir le surprenant Intermezzo où un spectre crée le désordre dans une ville. L’impromptu de Paris met en scène Louis Jouvet lui-même au travail avec ses comédiens. Quant à sa dernière pièce, La Folle de Chaillot, on y voit un personnage excentrique et gouailleur aux prises avec les méchants patrons du monde qui veulent détruire Chaillot pour y puiser du pétrole...

Théâtre inclassable, parfois assez étrange, à qui l’on a parfois reproché d’adopter ce même style "giraldien" si complexe, quel que soit le personnage qui s’exprime.

Oui, sauf que... Il suffit d’écouter Guillaume Gallienne lire et jouer des passages de Giraudoux dans son émission Ça peut pas faire de mal pour se convaincre que la force des textes est intacte et qu’il y a bien quelque chose de fort et de profond à entendre dans ce théâtre-là.

Liens annexes


Article Wikipédia : L’article Wikipédia dédié à Giraudoux


Domaine public

En littérature, et sauf exceptions, un auteur entre en France dans le domaine public 70 ans après sa mort. Au Canada par exemple, cette durée est plus courte (50 ans), ce qui explique qu’on trouve déjà sur des sites québécois certaines œuvres de Jean Giraudoux en version numérique intégrale.


C'est permis !

En France on s’attend à ce que Gallica et Wikisource mettent en ligne les pièces de Giraudoux dans le courant de l’année. Elles pourront être montées par des compagnies théâtrales plus facilement (du moins pour ce qui est des autorisations à demander : il n’y en a plus). Il serait intéressant de regarder les autres textes de Giraudoux et d’en sélectionner quelques uns à numériser parmi ses romans, nouvelles, poèmes et scénarios. Et pourquoi pas, à la suite de Guillaume Gallienne, proposer d’autres lectures audio !


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