Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Milena Jesenská

  • dimanche 21 décembre 2014
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  • Dans le DP en 2015

Sa vie est un roman tragique en même temps qu’un condensé de l’Histoire de l’Europe centrale dans la première moitié du XXème siècle.

Milena Jesenskà (1896-1944), fille d’un médecin pragois renommé, décide à sa majorité de prendre son indépendance. Contre l’avis de son père, elle épouse le traducteur Ernst Pollak. Le mariage est un désastre et Milena demande le divorce.

En 1919, elle découvre une nouvelle de Franz Kafka et lui écrit pour lui demander la permission de la traduire. C’est à Vienne qu’ils se rencontrent en 1920.

On peut dire qu’elle rendit dingue Kafka. Bon, d’accord, Kafka n’avait pas besoin d’être amoureux pour être (génialement) fou à sa manière... Mais toujours est-il qu’avec Milena, Kafka déraille complètement. Dès leur première rencontre, il ne touche plus terre, comme en témoigne leur correspondance :

J’ai besoin pour toi de ce temps et de mille fois plus que ce temps : de tout le temps qu’il peut y avoir au monde, celui de penser à toi, de respirer en toi, (…) de ce présent qui t’appartient.

Dans son Journal, le 2 décembre 1921, Kafka semble littéralement frappé par la foudre :

Toujours Milena, ou peut-être pas Milena, mais un principe, une lumière dans les ténèbres. Elle est le ciel fourvoyé sur terre.



Très vite, les lettres de Milena deviennent une drogue indispensable pour Kafka. Anxieux, Kafka ne cesse de déplorer son état de dépendance tout autant que la crainte du sevrage :

Hier je t’ai conseillé de ne pas m’écrire chaque jour ; je n’ai pas changé d’avis, ce serait très bon pour nous deux, et je te le conseille encore, et j’y insiste même encore plus ; seulement, Milena, ne m’écoute pas, je t’en prie ; écris-moi quand même tous les jours, tu n’as pas besoin d’en mettre bien long, tu peux faire bien plus bref que tes lettres d’aujourd’hui ; deux lignes à peine, un seul mot, mais de ce mot je ne puis me passer sans une effroyable souffrance.

Finalement Kafka, physiquement affaibli et intensément recroquevillé sur son art, choisit de mettre fin à leurs relations épistolaires :

Ces lettres en zigzag doivent cesser, Milena, elles nous rendent fous. Je ne peux tout de même pas garder un ouragan dans ma chambre ! Oui, ces lettres sont la source de l’impuissance à sortir de ces lettres mêmes.

Milena traduira en Tchèque plusieurs des nouvelles de Kafka :« La contemplation », « Le chauffeur » (premier chapitre du roman inachevé L’Amérique), « Le verdict » et « La métamorphose ». Par la suite, elle traduira des auteurs germanophones (Henrich Mann, Franz Werfel) mais aussi français (Jules Laforgue, Guillaume Apollinaire, Romain Rolland...)

À Prague, elle se marie en 1926 avec l’architecte Jaromir Krejcar mais s’ensuit un nouveau divorce, quelques années plus tard.

Les détails biographiques qui suivent forcent l’admiration, en ce qu’ils révèlent une liberté d’esprit et un courage immenses. Après avoir adhéré au parti communiste au début des années 1930, Milena en est radiée en 1936 parce qu’elle avait critiqué Staline. Dans les années qui suivent, elle publie dans la revue Prítomnost (« Le Présent ») un certain nombre d’articles à teneur politique dénonçant l’idéologie nazie. Après l’entrée des troupes allemandes à Prague en mars 1939, Milena s’engage dans la résistance, au sein d’une organisation visant à aider ses concitoyens à fuir en Pologne.

Les dernières années qu’il lui reste à vivre sont tragiques...

En 1919, elle avait eu un rêve étrange qu’on peut qualifier de prémonitoire :

Quelque part lorsque la planète tout entière a été frappée par la guerre, d’interminables trains quittaient la gare l’un après l’autre… le monde se transformait en un réseau de voies ferrées emportant des êtres affolés, des êtres qui avaient perdu leur maison et leur patrie. Enfin, les trains s’arrêtèrent au bord du vide. Contrôle ! tout le monde descend ! hurla un préposé… Un douanier s’approcha de moi. Je regardais son papier déplié. Je lus, écrit en vingt langues différentes : Condamnés à mort.

Milena a été arrêtée par la Gestapo en novembre 1939 et déportée au camp de concentration de Ravensbrück, où elle meurt le 17 mai 1944.

NB : Les passages cités de la correspondance sont extraits de KAFKA Franz. Lettres à Milena, Franz Kafka, traduction d’Antoine Vialatte, éditions Gallimard, collection L’imaginaire.

  • Article du Larousse en ligne,
  • Émission radio proposée par Radio Prague,
  • Article de Christine Mercandier consacré aux Lettres à Milena de Franz Kafka.

Œuvres recensées sur Wikipedia :

  • Cesta k jednoduchosti (titre français : La route de la simplicité), 1926,
  • Člověk dělá šaty (L’homme fait les vêtements), 1927,
  • Une sélection d’articles parus dans le Přítomnost Magazine (1937-39) est publiée en recueil après la mort de Jesenská,
  • Vivre, Lieu commun, 1985, rééd. 10-18, 1996, recueil d’articles parus entre 1919 et 1939.

Article Wikipédia : Milena Jesenskà


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