Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Noor Inayat Khan

par Silvae
  • mercredi 17 décembre 2014
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  • Dans le DP en 2015

Il me semble toujours terriblement décevant de décrire une vie par des mots-clés, comme si leur variété témoignait d’une vie "réussie". Il est pourtant presque impossible de résister à cette tentation pour décrire le parcours de Noor Inayat Khan. Sacrifions donc à la tradition comme elle s’est sacrifiée non pas pour un pays, mais pour le dernier mot qu’elle a prononcé devant l’officier SS qui l’a frappée avant de la tuer : Liberté !

Néee en Russie, Noor Inayat KHAN était résistante et opératrice radio pour le SOE (les services secrets britanniques). Elle a transmis des messages décisifs aux anglais au moment où c’était le plus dangereux. Pourquoi ? Le blogueur Philarète l’explique ainsi :

Les agents féminins couraient des risques particuliers. Outre que l’espionnage interdisait de bénéficier du statut des prisonniers de guerre, aucune convention internationale n’envisageait la présence de femmes sur les théâtres d’opération. Les agents féminins du SOE étaient donc doublement exposées en cas de capture – comme espions et comme femmes : arrêtées, elles n’étaient protégées par aucun droit – et l’Angleterre, de fait, ne reconnaissait pas officiellement leur existence. Les femmes du SOE étaient nominalement engagées dans un corps civil d’infirmières (le FANY), qui servait de couverture. Leur véritable emploi n’était connu de personne en dehors du service, pas même de leur famille. Comme opérateur radio, Noor cumulerait ainsi un maximum de risques…

Petite fille d’un sultan, elle porte le titre de Princesse et son père est fondateur d’un mouvement de "soufisme universel", considéré comme hors de l’islam, parce que ses membres créent des syncrétismes entre l’islam, le christianisme, le bouddhisme. Elle est la première Sainte occidentale de ce mouvement. Élevée selon les 10 principes fondateurs, il est tentant d’y voir une source de son courage. Les numéros 4 et 5 sont ainsi formulés :

Il y a une religion ; le progrès inébranlable dans la bonne direction vers l’Idéal, qui comble le but de la vie de chaque âme.
Il y a une loi ; la loi de réciprocité, qui peut être observée par une conscience désintéressée, avec un sens éveillé de la justice.

Princesse, femme officier, sainte, résistante, décorée des plus prestigieuses récompenses militaires, il nous faut prendre avec des pincettes ces étiquettes chargées (on peut quand même s’épargner celle de la Musulmane résistante, étant donné que le soufisme de son père n’est pas assimilable à l’Islam mais plutôt à une spiritualité New age) pour saisir une personnalité indéniablement courageuse et passionnée.

Noor a pourtant fait une erreur à peine croyable. Cette erreur, au delà des hagiographies lui redonne une humanité tragique.

Récit de l’arrestation de Noor. Rentrant chez elle, Noor s’aperçoit que deux hommes sont postés devant l’immeuble. Elle se cache dans une ruelle perpendiculaire et attend quelques instants, puis reprenant l’observation, constate que les hommes ont disparu. Tranquillisée, elle rentre dans son appartement. En réalité, les Allemands y ont tendu une souricière et l’agent Pierre Cartaud, posté là par Ernst (Vogt ?), l’y attend. Dès qu’elle entre, il la saisit, mais elle se débat furieusement et le mord. Utilisant son pistolet, il la menace d’arrêter sa logeuse Solange. Elle se calme. Pierre Cartaud peut appeler du renfort. Elle est emmenée avenue Foch non loin de là, et présentée à Karl Bömelburg, chef de la Gestapo en France. Dans l’appartement, les Allemands trouvent non seulement son poste émetteur, mais un cahier d’écolier rangé dans sa table nuit, dans lequel elle a consigné tous les messages chiffrés envoyés ou reçus de Londres, avec leur traduction en clair. Grâce à ces prises, ils engageront avec Londres un Funkspiel, mené par Josef Goetz pendant plusieurs mois. Ainsi, jusqu’au printemps 44, Londres croira PHONO fiable, ce qui entraînera l’envoi de plusieurs agents du SOE directement entre les mains de l’ennemi.
source wikipédia

L’historien militaire Michael Richard Daniell Foot tente d’expliquer comment elle a pu faire l’incroyable erreur d’archiver en clair l’ensemble de ses transmissions...

La seule explication possible de cette faute élémentaire, c’est qu’elle ait mal compris les instructions. Il y avait une contradiction entre les règles enseignées dans les cours (qu’elle suivit effectivement) et son ordre de mission. Ce dernier comporte une phrase étrange : « Veuillez noter que vous devez être très attentive à l’archivage (extremely careful with the filing) de vos messages. » Le rédacteur de l’ordre de mission aurait employé le mot filing dans un sens habituel dans le jargon des journalistes, mais incorrect et que Noor ignorait, voulant dire simplement envoi du texte ; il demandait donc à Noor de prendre soin de ses envois de messages. Noor aurait compris, selon le sens courant du mot filing, qu’il lui fallait conserver tous les messages envoyés, bien que cette interprétation aille à l’encontre des règles de sécurité.
Source : Foot, p.464-466

Cette explication sous-entend que Noor a eu un raisonnement bêtement militaire sur un point aussi majeur... L’explication est soit fausse, soit terriblement décevante... et humaine.

Poétesse et musicienne, les oeuvres de Noor entreront en 2015 dans le domaine public. Elle a publié un seul livre, des contes pour enfants : « Vingt Contes des Vies Passées du Bouddha » (Editions Claire Lumière, 1999) et quelques pièces musicales d’inspiration soufiques. Le blogueur Philarète présente ainsi les contes publiés par Noor :

Sa seule œuvre publiée est une adaptation pour les enfants de contes indiens issus de la tradition bouddhiste. Ces contes sont des récits pleins de fraîcheur et de noblesse, porteurs, je crois d’un message universel. Les héros sont le plus souvent des animaux, cygnes, singes, chevaux, tortues, – des animaux qui parlent, bien entendu, et qui, lorsqu’ils croisent la vie des hommes, leur délivrent des leçons de haute sagesse. Il est impossible aujourd’hui de lire ces contes sans les rapprocher du destin personnel de leur auteur.

Depuis 2003, son dossier militaire est librement accessible au Archives nationale d’Angleterre, il n’est pas encore numérisé, mais mérite assurément de l’être, tant l’histoire du SOE est mystérieuse. Toujours selon Philarète :

Le service fut dissout dès la fin de la guerre. Ses archives furent en partie détruites, et le reste tenu secret pendant des décennies. Quelles que soit les raisons profondes de cette occultation volontaire, dont les historiens débattent encore aujourd’hui, une ombre durable ternit l’image du SOE. En effet, l’un des plus importants réseaux montés par le SOE en France, le réseau « Prosper », qui agissait dans toute la zone occupée à partir de la région parisienne, fut entièrement infiltré et détruit par les Allemands, dès 1943, un an après sa mise en place. En l’espace de quelques mois, des dizaines d’agents furent arrêtés. La plupart furent déportés et ne revinrent jamais. Cette tragédie, dont les causes restent en partie mystérieuses, est apparemment l’une des pages les moins glorieuses de l’histoire de la guerre secrète menée par les Alliés. Mais la grandeur à la guerre n’est pas seulement dans la victoire, et si l’on ne saurait oublier les sacrifices héroïques consentis par les agents du SOE pour œuvrer à la libération de la France. Il s’agissait pour la plupart d’Anglais, souvent nés d’un parent français ou ayant vécu longtemps en France, de Canadiens francophones, ou originaires d’autres parties de l’Empire britannique. Le SOE fut également le premier service à envoyer des femmes en opération. La section F, qui agissait en France, en comptait quarante dans ses rangs. Quinze d’entre elles tombèrent aux mains des Allemands, trois seulement survécurent.

Des sites pour aller plus loin :


Article Wikipédia : Noor Inayat Khan


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