Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Romain Rolland

  • lundi 15 décembre 2014
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  • Dans le DP en 2015

Romain Rolland – 1866-1944. Prix Nobel de littérature en 1915. Ecrivain, biographe, dramaturge, penseur, grand intellectuel de la 1ère guerre et de l’entre-deux-guerres est encore oublié injustement.

Paradoxalement, on connaît moins aujourd’hui l’œuvre de Romain Rolland que ses positions politiques et les récupérations idéologiques qui ont été faites de sa notoriété.

C’est pourtant un artiste qui a sa place dans notre modernité, et sans conteste dans notre héritage culturel.

Le souffle de la musique

Âgé de quelques mois, Romain Rolland a été marqué par une maladie pulmonaire grave, qui influencera sa vie. Il a été oublié dehors, au froid, dans son landau. Cette déficience physique lui fera découvrir la Suisse à 16 ans, l’habituera à la solitude, lui donnera sur ses photos une fausse l’allure ascétique, forgera sa résistance et décidera de sa carrière.

À ses 14 ans, sa famille au complet déménage de la Nièvre à Paris pour lui assurer de bonnes études. Louis Le Grand, l’École Normale Supérieure, l’agrégation d’histoire : Rolland est un grand travailleur. L’abondance de son œuvre écrite en témoigne : énorme correspondance, journal, articles…

C’est aussi un battant. Il fera de nombreux voyages entre les deux guerres : toute l’Europe. Il reçoit toute sa vie, ses amis, des intellectuels et artistes du monde entier. Il doit développer tôt une grande force de caractère, qui éclaire ses engagements politiques, ainsi que sa « Déclaration de la Liberté d’Esprit » qu’il fait signer aux intellectuels du monde entier.

L’émotion, les sentiments passent par la musique. Il écoute, vit avec la musique (Beethoven), il joue du piano, jusqu’à sa mort en 44. Dans sa maison de Vezelay, c’est LE meuble qui reste en témoignage. Il écrit sa thèse sur l’opéra, enseigne l’histoire de la musique. Ses biographies de musiciens (Beethoven) sont incontournables. Il s’entourait de musiciens (son ami proche Richard Strauss), et d’amoureux de la musique (Malwida von Meysenbug, avec qui il découvre, en communion, Wagner à Bayreuth à 25 ans).
Jean-Christophe est son « roman musical ». On retrouve dans ses textes le rythme symphonique, telle l’introduction de son livre Compagnons de route (les écrivains et les artistes qui ont été ses compagnons de vie), dont le final est un élan lyrique.

Jean-Christophe

Jean-Christophe est publié par abonnements dans les Cahiers de la Quinzaine que dirige son ami et complice, Charles Peguy. Rolland fournit les épisodes par intervalles pendant 8 ans (1904-1912).
Après ses pièces de théâtre qu’il voulait populaire, c’est l’œuvre de maturité de l’écrivain, et c’est pour cette œuvre que lui est attribué à 50 ans, le prix Nobel de littérature en 1915, car c’est un immense succès littéraire et philosophique.

Jean Christophe Krafft, compositeur allemand (alias Beethoven ?) s’installe à Paris, repart en Allemagne, revient à Paris, vit chichement, dans la misère, mais est reçu dans les grandes familles. Il vit des passions, des amours, des trahisons, s’insurge de l’injustice sociale. Héros romantique, il exalte et marque profondément une génération et cela dans toute l’Europe car la littérature et la langue françaises sont la référence de l’époque. Il est traduit et connu dans le monde entier. Les familles choisissent ce prénom pour leurs nouveaux nés. Durant ces 8 années Rolland est proche de ses lecteurs, en osmose. Il est le guide de cette génération. Il apprécie cette aura.

C’est un message d’optimisme, de liberté et de fraternité des peuples. Pourtant, Rolland voit le gouffre inéluctable : le carnage annoncé des deux peuples en 14-18. Son amour de l’humanité, son honnêteté morale, son exaltation pour la culture des deux peuples, et la « conscience » du poids que peut avoir son message, lui font prendre partie pour le pacifisme en écrivant en 1915, Au-dessus de la mêlée. Il était conscient du risque de réprobation. Traité de fataliste, traître, lâche, il retrouve la solitude.

En correspondance avec le monde

Mais par contre, c’est ce courage qui fait de Romain Rolland un intellectuel « conscient » reconnu au niveau international, encore aujourd’hui. Ses fidèles, dont Stefan Zweig, appuient pour le Nobel. Gandhi vient à Paris rencontrer Rolland, qui s’affirme alors non-violent. Il rencontre, débat, partage avec Freud, Gorki, Claudel son ami de lycée, Istrati. Il correspond avec Tolstoï, Tagore.

De Suisse où il vit et écrit il est dans le mouvement des idées. À Vezelay, à la fin de sa vie, il sera plus seul, stigmatisé par ses dernières positions politiques, mais toujours témoin de son temps.

Romain Rolland est une figure complexe et ambiguë, ses positions politiques déroutent. Comment en arrive-t-il a soutenir l’URSS de Staline et les positions du Parti Communiste Français, alors qu’il est bien au courant des procès de Moscou, des millions de morts et du goulag ? Dès 1930, Rolland cesse d’être pacifiste. Il rejoint les antifascistes, écrit en 36, à 70 ans, contre la prise du pouvoir d’Hitler et de Franco. Comme pour beaucoup, le communisme représente l’espoir de jours meilleurs pour les peuples. Mais comment expliquer qu’il reste aveugle aux atrocités du communisme stalinien contre le peuple ?

Son journal encore à découvrir


Roland a livré des écrits autobiographiques : Le voyage intérieur, paru en 1942, son autoanalyse suite aux débats et à la correspondance avec Freud. Il y développe son « sentiment océanique ».

Il a écrit toute sa vie un journal. Une partie a été publiée par sa femme Marie en 1962. Une partie du Journal de Vezelay 1938-1944, récemment publié, ravive l’intérêt pour Romain Rolland. L’édition de l’intégralité du Journal, bientôt dans le domaine public est attendue avec impatience. Dommage que la « bombe », comme Marie Rolland qualifiait son journal des années communistes de 36, n’ait pu être lue avant 1989. À titre posthume, il aurait apprécié d’être utile à des peuples pour lutter pour leur liberté. Romain Rolland a été de son vivant un précurseur du copyleft, laissant ses droits d’auteur aux blessés de guerre.

Le Fonds Romain Rolland est en dépôt à la Bibliothèque Nationale Française (BNF), remis à cette institution par sa veuve, Marie Rolland. L’Association Romain Rolland qui a fait un énorme travail de réhabilitation de l’œuvre littéraire, philosophique, biographique et autobiographique de Romain Rolland, organise de nombreux colloques, publie les Cahiers de Brèves, et peut répondre aux demandes d’informations sur les textes de Romain Rolland. Le Professeur Bernard Duchatelet exerce le droit moral sur l’œuvre.

  • Association « Amis de Romain Rolland », biographie établie par le Professeur Bernard Duchatelet : fiable et la plus complète.
  • Études Rolandiennes : édition de textes des conférences de l’Association Romain Rolland.
  • Inventaire des correspondances de Romain Rolland établis par le Professeur Duchatelet
  • Analyse critique et documentée du professeur Yves Jeanneret de ce qui est communiqué –dévoyé – de Romain Rolland et de son œuvre littéraire sur le réseau internet. /colan_0336-1500_2003_num_135_1_3189
  • Lumière retrouvée. Journal de Vezelay 1938-1944, de Romain Rolland, Florent Georgesco, – Le Monde des livres.
  • Romain Rolland au piano.

Article Wikipédia : Romain Rolland


Domaine public

Romain Rolland a été de son vivant un précurseur du copyleft, laissant ses droits d’auteur aux blessés de guerre. voir la thèse d’Antoine Moreau l’article de Calimaq.


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